le 6 janvier

Romans contemporains à découvrir

 

Le comité de romans contemporains du 93 réunit tous les 2 mois des bibliothécaires et autres passionnés autour de romans récents, publiés le plus souvent dans l’année. Ce rendez-vous permet de découvrir et d’analyser l’édition contemporaine. Je vous propose ici une sélection des livres du comité qui m’ont paru intéressants.

 

 

 


 

 


Petite vie, Patrick Varetz. POL

 

L’éditeur : Les Éditions P.O.L sont une maison d’édition française créée en 1983 par Paul Otchakovsky-Larens. Elles proposent un catalogue de qualité.

 

L’auteur : Patrick Varetz est un écrivain français né en 1958. Il a précédemment écrit, à POL : Jusqu’au bonheur (2010), Bas monde (2012), Premier mille (2013).

 

Résumé :

Dans Petite vie, Patrick Varetz raconte son enfance. Il parle de son « salaud » de père et de sa « folle » de mère. Quand son père ne frappe pas sa mère, c’est lui qu’il cogne. Il redoute sa mort et celle de sa mère. Les soins du docteur Caudron et l’autorité de sa grand-mère finissent de transformer le monde en enfer.

 

 Plus que touchant, ce roman peut être traumatisant. On en ressort changé, complètement retourné devant tant de force dans les mots et dans le propos. Le lecteur est emporté dans l’histoire de ce petit garçon qui assiste, impuissant, aux coups de son père sur sa mère. On assiste à son dilemme, incessant, entre haine et amour paternel. Jusqu’à, parfois, avoir du mal à comprendre son cheminement intérieur, qui un coup accuse son père, et l’autre le plaint.

 

Daniel, son père, ne communique pas par les mots mais par les coups. Quand il ne frappe pas, il ne communique plus. L’auteur, enfant, a peur de ce silence complet, de cette absence que représenterait la disparition de son père. L’ambiguïté de la haine et de la dépendance au père maltraitant est ici parfaitement décrite. La psychologie des enfants battus est très bien rendue.

 

La langue, d’une grande musicalité, est magnifique. Elle permet au lecteur de mieux comprendre le ressenti et le vécu de l’écrivain. Cette écriture permet de percevoir dans la finesse les émotions véhiculées, mais aussi les doutes et les malaises racontés par Varetz.

 

 Une légère pointe d’humour permet de donner un livre touchant et agréable dans sa lecture.

 

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Jérusalem Terrestre, Emmanuel Ruben. Editions Inculte.


 

L’éditeur : Les Editions Inculte ont été créées à partir d’une revue qui s’est ensuite transformée en fédération collective avant de devenir une maison d’édition.

 

L’auteur  : Emmanuel Ruben est un jeune auteur puisqu’il est né en 1989. Il a d’abord été édité par Rivage. Il exprime le désir d’explorer le monde dans lequel on vit.

 


Résumé : En résidence à Jérusalem en 2014 pour écrire un roman, l’écrivain et géographe a réuni les éléments sur Israël, sur Jérusalem, son histoire, sa dimension mythique, son territoire, ses habitants, collectés jour après jour et qui ne pourraient entrer dans son travail de fiction. Ce carnet de voyage réunit ces éléments.

Dans ce livre, Jérusalem est une ville terrestre martyrisée. L’auteur y raconte l’occupation israélienne. Il fait partie de ces voix minoritaires judaïstes qui font la critique d’Israël. Il décrit les stigmates de l’occupation. Le texte est engagé sans pour autant être militant. L’auteur montre qu’aucun des deux camps n’est parfait et démantèle chacune des idéologies.

 

Ce récit est un vrai témoignage où l’auteur raconte ses déambulations dans la ville, ses discussions avec israéliens et palestiniens et ses aventures. Emmanuel Ruben relate aussi bien ses expériences positives que négatives. Son récit prend parfaitement en compte la dualité de Jérusalem et permet de donner une situation assez claire et complète de la situation actuelle. La profession de géographe d’Emmanuel Ruben lui permet de mettre en perspective les deux cartes de la ville : l’israélienne et la palestinenne, et d’expliquer leurs différences. Le tracé des cartes et le vocabulaire utilisé montrent deux visions du découpage géographique. L’ennui est que la représentation graphique des cartes est ratée : elles sont trop petites et floues, donc difficilement lisibles.

 

Le découpage du livre en courts chapitres permet une lecture fluide et agréable. Afin de ne pas encombrer inutilement son texte et d’apporter des précisions documentaires précieuses, l’auteur a fait beaucoup de renvois à la fin de chaque chapitre. Le livre oblige le lecteur à la manipulation et à avoir une lecture mobile.

 

Ce livre m’a paru intéressant car il nous fait voyager dans et autour de Jérusalem. On y voit la vie quotidienne des habitants des deux côtés du mur, le problème posé par les check-point, les différences de vocabulaires entre israéliens et palestiniens (par exemple, l’appellation du mur : "mur" pour les palestiniens, "barrière de sécurité" pour les israéliens), etc. Il permet de mieux comprendre la situation géopolitique, sans pour autant être un livre documentaire. C’est un récit : l’auteur raconte en expliquant et en exprimant son avis, son sentiment.

 

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Charognards, Stéphane Vanderhaeghe. Quidam

 

L’éditeur : Quidam est une maison d’édition présentant un beau catalogue, des textes complexes et des livres étranges.

 

L’auteur : Il s’agit du premier roman de Stéphane Vanderhaeghe, maître de conférences à Paris.

 

Résumé  : Redécouvert dans un futur proche par les représentants d’une autre civilisation, le journal d’un homme témoigne de la lente invasion d’un village par des corbeaux.

 

Le livre est divisé en deux parties. La première partie est une préface imaginaire écrite dans le futur. La deuxième partie est le texte en lui-même : le journal d’un homme témoin de l’invasion d’un village par des charognards. Cette histoire pourrait être une copie des Oiseaux d’Hitchcock. Mais la façon de raconter, l’imprécision, la lenteur de l’action permettent plusieurs lectures. Le roman se construit comme une fable, une métaphore autour des charognards. L’écriture elle-même est grignotée progressivement. D’où les plusieurs lectures possibles. Il peut, par exemple, s’agir de la métaphore d’une relation amoureuse qui s’effrite jusqu’à la folie.

 

La préface veut donner l’impression d’avoir été écrite par des critiques du futur. Pour donner cette impression, Vanderhaeghe utilise une langue imaginaire.

 

Ce livre n’est pas simple à lire : il a un style et une mise en page exprimant pleinement l’effritement, la folie, l’angoisse du récit. Tout est flou. Le lecteur n’est sûr de rien. L’interprétation est de mise. Mais l’histoire racontée dans ce livre relève de la folie. Il est donc normal que la mise en page y contribue.

 

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La moitié du Fourbi : écrire petit


Cette revue est un atelier à ciel ouvert où l’expérimentation est possible. Elle propose des textes de qualité et où les auteurs respectent le thème imposé.

En outre, chaque numéro de la Moitié du Fourbi proposera un entretien et un texte Oulipo.

 

On peut, par exemple, y trouver un texte racontant l’attaque du 11 septembre 2001 par l’intermédiaire des sms envoyés ce jour là. Ailleurs, un auteur oulipien joue avec les règles de versification pour écrire petit. L’écriture microscopique est souvent racontée, notamment dans le texte : le délire de la jungle. Un exercice de style m’a paru particulièrement intéressant : celui autour de l’écriture en code HTML. Mais le texte n’est pas simple à comprendre pour des non initiés. Enfin, dans Sans le petit Thouars l’auteur s’oblige à ne passer que par des rues contenant le mot "petit". Il ne s’agit ici que d’une infime partie du contenu de la Moitié du Fourbi. Je vous encourage vivement à découvrir le reste !

 

 

Le rôle d’une revue littéraire est de découvrir de nouveaux auteurs de qualité et de proposer un lieu d’expérimentation. La moitié du fourbi y réussit magnifiquement.

 

 

 

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Maxime