le 6 avril

Romans contemporains à découvir, session 2

Le comité de romans contemporains du 93 réunit tous les 2 mois des bibliothécaires et autres passionnés autour de romans récents, publiés le plus souvent dans l’année. Ce rendez-vous permet de découvrir et d’analyser l’édition contemporaine. Pour cette nouvelle session, je vous propose une chronique sur deux livres du comité qui m’ont paru intéressants.

 

 

 

 

 

 

 




Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent Message. Seuil

 

 

 

L’auteur : Vincent Message est un écrivain français né en 1983 à Paris. Il a précédemment écrit, au Seuil : Les veilleurs (2009), et un essai : Romanciers pluralistes (2013)

 

 

 Résumé :

Dans l’attente urgente d’une opération après un accident de voiture, Iris espère que son compagnon Malo Claeys trouve le moyen de régulariser sa situation et de lui trouver des papiers. L’interdiction qui pèse sur leur relation rend les démarches compliquées, dans un monde où de nouvelles créatures dominent la Terre et réservent aux humains le sort jadis infligé aux animaux.

 

 

 

Plus proche de la fable que du roman, le livre de Vincent Message emmène le lecteur dans une société où les rapports de domination sont changés par l’arrivée de nouvelles créatures. Son écriture descriptive, mais suffisamment aérée emmène habilement le lecteur dans une réflexion sur notre société.

 

Ce roman utilise l’inversion, mettant les humains à la place des animaux, et les « extraterrestres » à la place des humains, dans une société équivalente à la nôtre. Dans ce monde, les hommes se trouvent donc à leur tour dominés. Mais il ne s’agit pas de science-fiction. Aucun nouveau monde n’est inventé, ni de nouvelle société. De plus, extraterrestres et humains affichent beaucoup de similitudes, tant au niveau physique qu’intellectuel.

 

L’histoire raconte la relation entre deux individus, une femme humaine et un extraterrestre. On pourrait croire qu’il s’agit d’une histoire d’amour, puisqu’elle en a tous les aspects. Le héros sauve une jeune femme d’une mort assurée, puis la cache chez lui, pour éviter qu’elle se fasse arrêter par les autorités. Mais la relation amoureuse entre les deux protagonistes principaux reste assez ambiguë dans sa nature : s’agit-il d’une affection telle que celle qu’entretient un homme avec son animal de compagnie, ou bien un amour plus sensuel comme entre deux représentants de la même espèce ? Mais le roman ne se cantonne pas à cette relation. Il décrit une société imaginaire critique et critiquable pour mieux véhiculer un discours sur notre monde, sur notre rapport à la nature et, plus précisément, aux animaux.

 

Le héros semble être particulièrement conscient de l’horreur de la traite d’autres espèces, contrairement à ses contemporains. Le roman nous présente les envahisseurs comme très critiques des pratiques des hommes vis-à-vis de l’environnement. Mais les extraterrestres reproduisent les mêmes erreurs une fois au pouvoir. Ils ont une normalité humaine. Cela crée une certaine ambiguïté, qui enrichit le roman et lui permet d’être lu de différentes façons.

 

Le rapport avec notre façon de traiter les animaux est omniprésent. Par exemple, on a défini dans chacune de nos société des animaux que l’on pouvait manger (animaux d’élevage) et des animaux « amis » (animaux de compagnie), et cette séparation est stricte. Dans ce roman la même séparation indispensable et obligatoire est effectuée sur les hommes. Le parallélisme voulu par l’auteur fonctionne. Il incite le lecteur à se poser des questions sur notre rapport à la nature et aux bêtes.

 

A découvrir.

 

A lire aussi sur l’anthropophagie : Soleil vert, de Harry Harrison

 

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Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, Christian Garcin. Stock.


 

L’auteur  : Christian Garcin est un écrivain français, né en 1959 à Marseille. Il a écrit de nombreux romans, des poèmes, nouvelles, essais littéraires, des livres pour la jeunesse ou encore des carnets de voyage. Son oeuvre protéiforme comprend, entre autre : 

 

- Ienisseï . suivi de Russie blanche (Verdier, 2014)

 

- Selon Vincent (Stock, 2014)

 

- Les Nuits de Vladivostok (Stock, 2013)

 


Résumé :

Ce roman raconte la vie de Jeremiah Reynolds. Il rencontre à 20 ans un capitaine rêvant de vérifier la théorie de la Terre creuse et habitée, découvre l’Antarctique, devient colonel au Chili, puis avocat à New York ; il inspire Les Aventures d’Arthur Gordon Pym de Poe, ainsi que Herman Melville en publiant un récit de chasse au cachalot intitulé Mochoa Dick.

 


Voici un roman riche, tant par le sujet que par la qualité de la langue. L’auteur aime jouer avec la linéarité de son histoire. Il crée des ponts, des ficelles, liant des personnages et des pays de différentes époques et à des endroits différents. Il fait des bonds en avant, et des retours en arrière. Le lecteur pourrait s’y perdre, mais l’auteur n’y tient pas et va régulièrement le récupérer, lui rappelant des faits ou en re-situant l’histoire et les personnages.

 

Le héros est bringuebalé par l’Histoire et n’est pas vraiment acteur de ces événements. Cela correspond à une certaine réalité et casse le mythe du surhomme. Il est maillon d’une chaîne d’événements, lié à son désir d’aventure et de puissance, davantage que héros à proprement parler. En lisant le résumé, le futur lecteur pourrait penser qu’il s’agit d’un roman d’aventures. Rien n’est moins vrai tant le héros est non-conforme à l’image de l’aventurier. Les aventures ne sont pas racontées, qu’à peine évoquées. Le roman raconte surtout le cheminement et l’état d’esprit de Jeremiah Reynolds et son époque, et non pas les aventures qu’il vit. Cette façon de raconter donne à l’histoire une impression d’absurdité, où les événements arrivent un peu comme ça, par des concours de circonstances, liés à la folie des uns et à la politique des autres. Comme le précise souvent Garcin, « à cette époque, les choses n’étaient pas plus compliquées que cela. » L’auteur ne triche pas avec la réalité. Il la présente comme dérisoire.

 

Ce roman va à contre-courant d’une biographie classique, linéaire. Garcin préfère qu’il y ait concomitance plutôt que de faire une biographie unique et linéaire.

 


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Maxime