le 20 avril

Réflexions pour l’après #02

"L’An 01", une bande dessinée de Gébé (1971), un film de Jacques Doillon (1973)

En 1973, Jacques Doillon réalise L’An 01, d’après la bande dessinée de Gébé.
Un manifeste drôle, subversif, qui, à l’heure du confinement et de la réflexion sur le monde d’après, n’a rien perdu de sa pertinence.

 

Le 07 juin 1971, Gébé annonce à Charlie-Hebdo qu’il va faire un film dont tous les lecteurs pourraient devenir les acteurs. Le thème : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ». Gébé part donc avec le cinéaste Jacques Doillon, à travers la France, filmer cette fantaisie utopiste : un reportage imaginaire qui donne la parole à tous, sans hiérarchie, d’où jaillit l’intelligence à l’œuvre. « L’utopie, ça réduit à la cuisson, c’est pourquoi il en faut énormément au départ. », dit Gébé.

 

Le film raconte un abandon utopique et festif de l’économie de marché et du productivisme. 

 

 

 

Mardi, 15 heures, on arrête tout. On fait un pas de côté. « Aucune déclaration émanant des milieux provisoirement officiels ne sera diffusée sur nos antennes. Vous n’entendrez plus ni un ministre, ni un président, ni un directeur de quoi ce soit… », précise-t-on à la radio. Plus de chefs, plus de patrons. Les dactylos, les chaudronniers, les ouvriers, les poinçonneurs du métro, les déménageurs ne turbinent plus. 

"Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés, avec réticence, que les services et les productions dont le manque se révèlera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire "Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’An 01..."

L’An 01, c’est le début d’autre chose.

 

On arrête tout et, surtout, on ne recommence pas comme avant. On vit, on rêve comme on filme, en liberté, dans le souci de l’autre, des autres, avec une certaine idée de l’intérêt général, un communautarisme à l’échelle de la planète, dans l’hilarité.

Un film, marqué par les utopies de mai 68, qui interroge sur la notion de travail, d’oisiveté, de propriété, de rentabilité…

 

Aux côtés de Jacques Doillon, Alain Resnais filme New York et Jean Rouch des paysans nigérians. Un film « fait à beaucoup mais pas tous à la fois ». Quant à la distribution, on croise Nelly Kaplan, Gérard Depardieu, Miou-Miou, Coluche, Josiane Balasko, Romain Bouteille, Henri Guybet, Jacques Higelin, François Béranger, Gérard Jugnot, Cabu, Wolinski, Cavanna, Choron, Jean-Paul Farré, Patrice Leconte…