le 22 décembre 2010

Le cœur de Captain Beefheart s’est arrêté

Captain fracassé du rock américain, Don Van Vliet vient de s’éteindre après des années en marge de la musique. Fondateur du terrifiant Captain Beefheart, il a laissé à la postérité des albums explosifs et influents. Il avait 69 ans.

Quel peut bien être le lien réunissant des artistes aussi éloignés qu’Alain Bashung, LCD Soundsytem, Pixies, PJ Harvey, Tom Waits, Red Hot Chili Peppers, Nick Cave, Sonic Youth, The Black Keys ou Deus ? Tous ont revendiqué, pour son esprit tordu ou sa musique destructurée, l’influence de Captain Beefheart.

On mesure ainsi chaque jour, au rythme des chansons libres, frondeuses, tabassées qui émergent sur le Net, à quel point le Californien, rangé des bécanes pour une carrière de peintre désertique depuis le début des eighties, a été une force de proposition et de libération inouie, dès les années 60.

Car en réinventant le blues, primitif, possédé, sale et sexuel avec une incompétence gracieuse sur des albums aussi fondamentaux que son Trout Mask Replica (1969), il ouvrait la porte en grand à des générations futures de musiciens plus portés sur la sauvagerie, l’irrespect que la virtuosité, la sagesse.

L’avant-garde, sans le bullshit et les fastidieuses explications de textes : la musique populaire américaine (du blues antique au free jazz en passant par le funk) a été la victime constante, parfois consentante, des dynamitages carabinés et jeux polissons de Captain Beefheart…

Le punk, la lo-fi et tout un tas de leurs rejetons hagards, mal élevés, électrocutés doivent ainsi beaucoup, souvent sans le savoir, à ce formidable médecin accoucheur que restera le Californien, cascadeur sans filet, mineur de grands fonds.

“Les animaux sont assez malins pour rester à l’écart des humains”, disait-il depuis sa retraite en plein désert de Mojave. Captain Beefheart était un ours mal léché, un crotale, un hobo beau : en pensant à son bayou asséché, nos larmes sont de crocodiles. (les Inrockuptibles,2010)

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