le 25 février

Concert de musique ancienne à la Médiathèque

Par l’Atelier de Musique Ancienne, classe de flûte-à-bec et de percussion du Conservatoire de Musique Erik Satie de la Ville de Bagnolet / Est-Ensemble et leurs invités de l’Orchestre de la Maison des métallos | Le Jeudi 16 mars 2017 à 19h00

"Renaissances"

La Renaissance est une période que les historiens, et surtout les historiens de l’art et de la littérature, situent entre le 14ème siècle italien et la fin du 16ème siècle européen, cette Europe au seuil de la modernité qui a été gagnée par le « pétrarquisme » et les notions philosophiques et éthiques qui sont nées à la fin du Moyen-Âge au sein des académies florentines et qui s’imprègnent pleinement de l’idéalisme platonicien.

 

Il est impossible de résumer en quelques lignes toute la force de ce « renouveau » : mais disons avec Panofsky que « le sentiment de métamorphose de l’homme de la Renaissance (…) a été plus qu’un changement de mentalité : on peut le décrire comme une expérience de contenu intellectuel et émotionnel (…) de caractère presque religieux. » Ce changement radical de perspective par rapport à l’époque médiévale se situait sur deux plans apparemment contradictoires et à première vue impossibles à concilier : un retour à l’Antiquité comme modèle incontournable et non moins impératif de la réflexion et de la réalisation artistiques et, en même temps, l’acceptation, et ceci à l’unanimité, et d’une manière presque péremptoire, de l’idée qu’une œuvre d’art, pour mériter d’être considérée comme telle, doit être la représentation directe et fidèle d’un objet naturel. Au Moyen-Âge l’objet d’art se référait à un autre objet d’art de même nature, se répercutant ainsi en une série infinie d’images. Se prémunir de l’expérience du classicisme, retourner à Rome et à la Grèce : aux yeux des penseurs et artistes renaissants, les Anciens ont su exceller dans leur représentation exacte de l’harmonie innée, naturelle, de l’homme. Car il s’agissait pour l’homme de la Renaissance de recréer l’harmonie de la nature—les mouvements, les rapports et les principes qui l’organisent—et d’établir un modèle où toutes les parties s’accordent l’une à l’autre pour créer, ériger, mettre en scène, dans l’entrelacs rationnel et la juxtaposition équilibrée des différents éléments le constituant, un objet de beauté. Et au cœur de la nature, le poète, le penseur, le plasticien de la Renaissance voyaient l’Homme. Celui des cahiers théoriques de Léonard de Vinci et des dessins de Michel-Ange. Un humanisme raisonné et éthique was their guiding principle, leur concept princeps, leur compas, leur règle.

 

Il est évident que sous ce rapport la musique devait jouer un rôle essentiel dans la pensée et le vécu artistiques de la Renaissance, surtout dans ses formes et ses expressions polyphoniques. Les voix qui chantaient entre elles devaient produire l’effet d’une harmonie en mouvement, que le temps ne pouvait détruire, au contraire, car le dialogue civilisé des voix humaines entre elles appelle le rythme de l’échange courtois, de l’écoute et de l’équilibre, l’imitation et la réponse, se déroulant potentiellement à l’infini. Mais en plaçant l’homme au cœur de leur réflexion rationnelle, formelle, voire scientifique, et de nature philosophique, il leur fallait aussi intégrer cette « autre réalité », celle qui échappe souvent à la raison et à la rationalisation théorique « équilibrée », celle des mouvements internes de l’esprit et des émotions humaines : il s’agissait de représenter l’élan vers la transcendance religieuse, de dépeindre le monde des sentiments et de cerner l’amour avec les mots et la musique. Selon des penseurs importants de la Renaissance comme Ficin, Agrippa Corneille ou Campanella, l’imagination, dont l’existence et la vie ne pouvaient être ni ignorées ni niées, représentait une force puissante qui semblait exiger que l’art se prête enfin, aussi, à l’expérience magique, que l’art et la pensée philosophique acceptent la présence d’énergies extra-rationnelles de la vie qui relèvent surtout du mage et du rituel occulte, trouvant alors leur représentation la plus complète dans l’expression du chant qui, à la différence de la musique instrumentale, trahirait inévitablement, selon eux, l’équilibre de l’harmonie pure, pythagoricienne, celle des nombres et des proportions constantes. C’est dans le chant où l’amour est capté de la manière la plus convaincante et de la manière la plus sûre. Le chant, la parole chantée-parlée, traduit fidèlement certains principes matriciels qui ont sous-tendu toutes les énergies interprétatives de l’art de la Renaissance : le temps, le mouvement et l’affect. Cette volonté des artistes et des penseurs de la Renaissance d’exprimer ces trois dimensions, se cristallisera de manière spectaculaire dans certaines de ses dernières œuvres : Les Essais de Montaigne, les dramaturgies et les poèmes de Shakespeare, El Don Quijote de la Mancha de Miguel Cervantès, les polyphonies de Palestrina, les épopées poétiques du Tasse et l’œuvre musicale de Monteverdi. Toutes ces œuvres annoncent l’entrée définitive de la culture européenne dans l’ère moderne  : une ère d’introspection réflexive qui révolutionnera le rapport de l’homme à l’esthétique, à la politique, à la science et à l’histoire. Héritiers de ce patrimoine de l’Humanisme Renaissant, les penseurs des Temps modernes, de Pascal et Descartes jusqu’à Jean-Paul Sartre et John Dewey, ont poursuivi les chemins qu’il a pu proposer et l’enrichissent. À force de le revisiter ils développent un nouvel esprit critique qui les pousse à l’infléchir et à le contester, au point, dans certains cas, de provoquer, par la remise en question de ses fondements, son rejet irrévocable. Les questionnements des penseurs de la Renaissance à la fois innovateurs et avant-courriers quant à notre modernité, et les penseurs de l’époque baroque qui leur ont succédés, nous taraudent toujours aujourd’hui : nous n’avons pas fini de comprendre, d’intégrer et de nous débattre avec le riche héritage culturel et intellectuel que nous a légué l’Humanisme Renaissant.

Berry Hayward

13 novembre, 2016

 


Juan del Encina (1468 ? - 1529 ?)

poète, musicien, compositeur et dramaturge espagnol

 

PROGRAMME

12ème siècle

L’Humanisme « précurseur » des Moines Goliards

 

Procurans Odium (Anon., extrait des Carmina Burana)

Plainte de Pierre Abélard (instrumental)

 

15ème siècle

La Bourgogne, la Reconquista,

la Découverte du Nouveau Monde, une polyphonie nouvelle,

l’épanouissement du trecento italien

 

Guillaume Dufay : Kyrie (version instrumentale)

Antoine Busnois : À vous sans autre…

Anon : Ingrata (instrumental)

Juan del Encina : No se puede llamar fé ; Triste España ; Ya cerradas son las puertas

Conrad Paumann : Prélude et Danse, extrait des Fundamentum (Instrumental)

 

16ème siècle et début 17ème siècle

À l’aube des Temps Modernes :

La Réforme, le « Pétrarquisme »

le Vers Mesuré à l’Antique,

les poètes de la Pléïade, Montaigne

 

Antonio Cabezón : Tiento sobre Qui la dira (instrumental)

Giacomo Celano : La pastorella, Madonn’io mi vorrei

Claude Le Jeune : Qu’est devenu ce bel œil ?

Pierre Phalèse, Claude Gervaise : Suite de danses (instrumental)

Didier Leblanc : O Doux Baiser Colombin

Alfonso Ferrabosco : Alman (instrumental)

Claudio Monteverdi : E dolce il tormento ; La Violetta (scherzi musicali)

 

par l’ATELIER DE MUSIQUE ANCIENNE, CLASSE DE FLÛTE À BEC et DE PERCUSSION du Conservatoire Erik Satie

ET LEURS INVITÉS DE L’ORCHESTRE DE LA MAISON DES MÉTALLOS.

Professeur de percussion, Cédric Barbier

Avec la participation exceptionnelle de Claire Caillard-Hayward (claviers)

direction : Berry Hayward (professeur au Conservatoire Erik Satie)

 



 

Entrée libre sur réservation au 01 83 74 56 20

    Date de l'évènement:
  • Jeudi 16 mars 19:00-20:00