le 24 janvier 2012

Concert de Musique Ancienne : "Le Baroque et les Temps Modernes" à la Médiathèque le Jeudi 2 février 2012 - 19h

Œuvres de Monteverdi, Bach, Buxtehude, Crüger...... par l’Atelier de musique ancienne du Conservatoire municipal Erik Satie de Bagnolet

L’œuvre musicale de Claudio Monteverdi s’impose comme un des premiers monuments de ce que nous appelons les temps modernes, identifiant ainsi une rupture spirituelle, sociale et politique qui engloberait une nouvelle vision du monde se délestant enfin des conceptions médiévales et renaissantes.

Les historiens français de la longue durée comme Braudel, Bloch et Febvre, ont pu souligner cependant que les temps modernes n’avaient pas rompu avec des éléments puissants du passé : la ruralité, l’organisation féodale, la transmission orale des savoirs et surtout la pensée religieuse. En dépit des recherches philosophiques comme celles de Descartes et de Malebranche, et plus tard de celles de Voltaire et de Hume, l’homme moderne ne pouvait, en fin de compte, renoncer à la notion de la transcendance divine comme ultime expression de l’abstraction métaphysique.

Néanmoins, le 17ème siècle et le 18ème siècle marquent un tournant décisif et nous conduisent déjà vers la modernité radicale qui est la nôtre aujourd’hui.

C’est l’époque de la naissance des Nations et du mercantilisme, avant-courrier du capitalisme, de la colonisation par l’Europe de l’Inde et des Amériques (avec un recours à un esclavage et une traite des humains de dimension mondiale), d’une division qui semble définitive entre l’Orient et l’Occident, du renoncement à toute conciliation entre Catholiques et Protestants.

Bien que des historiens comme Arnold Hauser aient pu explorer de manière profonde leurs interrelations, il est difficile, voire impossible, d’établir des liens certains entre ces grands bouleversements sociaux et l’art de cette époque. Mais cette difficulté relève précisément d’un des traits distinctifs de l’époque Baroque : la naissance d’une conscience plus aiguë de la séparation entre la vie intime, psychique et spirituelle, de l’individu et de son être social. Pour le sociologue Norbert Elias, cette conscience de l’être « secret » et « individuel », distinct du corps social, représente la seule conquête substantielle de la vie de cour, où, pour des raisons stratégiques, l’individu devait se replier sur lui-même pour préserver son intégrité devant les exigences d’un pouvoir qui ne cachait pas ses aspirations hégémoniques et totalitaires. C’est le choix de Montaigne, ce grand précurseur, qui refuse de devenir le conseiller du roi et se réfugie dans la solitude de sa librairie pour explorer l’inconstance de l’être. Montaigne ne conçoit pas la conquête du monde en cours comme le destin manifeste d’une Europe triomphante, qui serait peut-être même, selon lui, perverse et destructrice, mais, au contraire, comme la rencontre inespérée avec l’Autre comme le reflet différentiel de soi, qu’il ne cessera d’explorer dans sa particularité pour en dévoiler le sens universel. Pascal en sera son avatar angoissé au siècle suivant.

En musique, c’est Monteverdi qui marque le changement définitif. Maurice Roche a pu dire un jour à Serge Fauchereau : « Le Combat de Tancrède et de Clorinde est le « Coup de dès », le geste inaugural de l’Art Moderne ». À partir du 17ème siècle une organisation harmonique contraindra toute notion de mélodie, de développement contrapunctique et de cadence dans un flot de paroles où le texte poétique est plus libre, davantage « parlé », épousant la forme ouverte que représente l’opéra. Parce que, en même temps, surgit la Tragédie Moderne qui incarne les rapports nouveaux et complexes qui apparaissent entre la Cité et l’Art. Shakespeare, Corneille, Racine, parmi d’autres, dans leurs oeuvres, comme Monteverdi, exploreront une conception nouvelle de l’histoire qui sera vue et vécue dorénavant comme fabriquée par l’homme, comme conséquence du travail de l’homme.

Dans ce programme consacré à la musique Baroque, nous introduisons des pièces du Moyen-Âge et de la Renaissance pour en souligner son originalité. Nous lirons aussi des textes d’auteurs, Montaigne et Pascal parmi d’autres.

Avec la participation de l’Atelier de Musique Ancienne du Conservatoire de Musique Erik Satie de Bagnolet, de l’Atelier de Musique Ancienne de Plaisir et de l’Orchestre de la Maison des Métallos.

- Claire CAILLARD-HAYWARD, Clavier
- Direction : Berry HAYWARD

Entrée libre

Réservation au 01 49 93 61 57 ou au 01 43 63 55 83