le 2 octobre 2015

Chaâbi au féminin était en concert à Bagnolet le samedi 17 octobre 2015

dans le cadre du Festival Villes des musiques du monde

La 16ème édition du Festival des Villes des Musiques du monde est une invitation au voyage dessinée autour de la thématique " Les Andalouses ", un vocable qui convoque les multiples images et représentations de l’Andalousie : flamenco, cante jondo, Alhambra, Garcia Lorca, le Fou d’Elsa, la Reconquista, l’Inquisition, l’expulsion des juifs et des arabes, Séville, Grenade, la musique arabo-andalouse avec ses multiples influences...

 

Une douzaine de villes de la Seine-Saint-Denis et Paris vont proposer du 10 octobre au 8 novembre 2015 d’aller à la rencontre des musiques liées à cette thématique : une trentaine de concerts, des conférences, des débats, des projections ainsi que divers ateliers (initiation à la danse sévillane, sensibilisation aux instruments du monde, cuisine espagnole…).

 

Sont notamment programmés : Titi Robin, Juan Carmona, Silvia marin, Rosario la Tremendita, Esperanza Fernandez, Ali Khattab, Aziz Sahmaoui.

 

Tout le programme sur le site du festival

 

A Bagnolet est invité Chaâbi au féminin, un ensemble composé de six chanteuses représentatives des différentes régions d’Algérie ayant nourri le chaâbi : Amina Karadja, Syrine Ben MoussaMalya Saadi, Hind Abdellali, Hassina Smail et Nacera Mesbah.

 

Initié par Mourad Achour, journaliste- animateur sur Beur FM, ce projet est un défi car le chaâbi est un genre musical qui s’est développé dans un milieu sans femme (ou presque). Inauguré au début du XXe siècle dans l’Algérois par Cheikh Mustapha Nador, qui a su capter et faire fructifier l’héritage du melhoun (poésie populaire) et de la musique arabo-andalouse, le chaâbi a connu ses plus grandes heures dans les années 1930-1940 sous la houlette d’Aît Ouarab Mohamed Idir Halo, surnommé Hadj El-Anka (le phénix). Pratiqué par des hommes auprès des établissements religieux, ainsi que dans les fumoirs et cafés de la Casbah d’Alger puis dans ceux de Barbès, ce "blues maghrébin", indépendamment de son côté religieux, a séduit par sa qualité esthétique et ses textes parlant de l’amour du prochain et de l’amour tout court, de l’attachement à Dieu et de la nécessité d’une morale saine, tout en perpétuant la tradition orale (proverbes, maximes et fables foisonnent dans le chant chaâbi).

Audacieusement dépoussiérée et libérée de pas mal d’archaïsmes, cette musique a conquis un large auditoire et suscité un engouement mondial, notamment depuis 1998, avec la sortie de l’album Diwân de Rachid Taha, compilation de reprises de compositions chaâbi de Dahmane El Harrachi (dont le célèbre Ya Rayah), de Hadj El Anka, d’ Akli Yahyaten, de Nass El Ghiwane ou encore de Farid El Atrache. Elle croise désormais les groupes de rock ou de musiques électroniques, ce qui lui permet de se renouveler.

 

S’inscrivant dans l’histoire mouvante du chaâbi, entre mondialisation et tradition réinventée, Chaâbi au féminin est donc l’occasion de découvrir autrement ce mélange de formes savantes et de gouaille populaire traditionnellement écrit et joué pour et par les hommes.

 

Comme le souligne Mourad Achour : "Ce qui est beau dans ce projet du chaâbi au féminin, c’est de pouvoir montrer toute la féminité de cette musique. Car il y a beaucoup de féminité et de raffinement dans le chaâbi, que ce soit dans le chant, ou la musique. Les chanteuses ne changent rien aux textes, même pas l’article, elles le chantent comme une interprète, mais avec une âme féminine. C’est là que cela devient intéressant".