le 2 juin

CONFERENCE-CONCERT SUR LE HOOTENANNY

Samedi 16 juin 2018 à 17h à la Médiathèque

Dans le cadre de l’exposition consacrée à Lionel Rocheman, le chercheur François Gasnault, animera une conférence-concert sur le Hootenanny parisien le samedi 16 juin à 17h. Seront présents à ses côtés : Catherine Perrier, Jean-Loup Baly, Dominique Maroutian, Roger Mason et dans l’attente d’une confirmation Alan Stivell.

 

Mais qu’est-ce-qu’un hootenanny ?

 

Littéralement « hululement de nourrice », ce terme désigne une réunion musicale où le micro est donné à tour de rôle à toute personne de l’assistance désireuse de chanter. Apparues à la fin des années 1930, aux Etats-Unis, ces scènes ouvertes trouvent leur origine dans les rassemblements politiques et syndicaux où musique folk et chansons contestataires (« protest songs ») s’intercalaient spontanément aux discours et débats.

 

La France connait son premier Hootenanny en 1963. Il a lieu à Paris, Boulevard Raspail à l’American Center for Students and Artists (le « Centre américain ») à l’initiative de Sandy Darlington et Jeanie McLerie, deux folksingers américains, figures de Greenwich Village à l’époque des débuts de Dylan. En 1964, quand ce duo décide de partir en Grande-Bretagne, le Hootenanny parisien se retrouve sous la direction de leur ami Lionel Rocheman.

Le nouveau « maître de cérémonie » fait du Hootenanny un rendez-vous non plus mensuel mais hebdomadaire, qui a lieu invariablement le mardi, de 20h30 à plus de minuit souvent.

En 1967, Lionel Rocheman confie au magazine Rock & Folk : « J’ai créé au Centre américain un spectacle populaire, ouvert à tous les artistes et spectateurs. Il donne à tous les jeunes chanteurs la possibilité de s’exprimer dans une ambiance amicale et sans sélection préalable. Spectacle de chansons principalement libre et improvisé, le hoot est un anti music-hall, qui annihile la barrière généralement érigée entre le public et les artistes ».

 

Avec le Hootenanny, Paris eut enfin une scène où il n’était pas nécessaire d’être connu pour se produire en public : un vent d’air frais dans la France cadenassée de l’époque !

C’était un espace d’ouverture aux cultures du monde entier, un formidable lieu d’échange, de partage et de liberté où flottait avant l’heure l’esprit de mai 68.

Environ 5000 artistes s’y sont produits : des musiciens, des chanteurs, des acteurs, des humoristes, des conteurs et même un plasticien. Impossible donc d’énumérer tous ceux qui ont fait là leurs débuts ou de réguliers passages, mais ces quelques noms sont néanmoins évocateurs du tourbillon artistique que fut le Hootenanny : Alan Stivell, Claude Lemesle, Steve Waring, Roger Mason, Joel Cohen, Maxime le Forestier, Joe Dassin, Ricet Barrier, Bill Deraime, Lamine Konté, Long Chris, Hervé Cristiani, Chic Streetman, Jean-Jacques Milteau, Laurent Petitgirard, René Zosso, Julos Beaucarne, Marcel Dadi, Michel Haumont, Dick Annegarn ou les grands aînés qui ont apporté leurs généreux concours tels Félix Leclerc, Paul Préboist ou Pierre Dac, ces deux derniers ensemble deux ans sans interruption !

 

En plus de permettre la découverte de nouveaux talents français et étrangers, le Hootenanny a mis en lumière ce qu’on n’appelait pas encore la « World music ».

Mais ce fut aussi comme le souligne tous les musicologues la rampe de lancement du mouvement folk en France, dont quelques figures marquantes seront présentes au côté de François Gasnault pour apporter leur témoignage et chanter : Catherine Perrier, Jean-Loup Baly, Dominique Maroutian, Roger Mason et dans l’attente d’une confirmation Alan Stivell.

 

Archiviste-paléographe, ancien membre de l’Ecole française de Rome, François Gasnault est conservateur général du patrimoine. Depuis 2013, il est mis par le ministère de la Culture à la disposition du CNRS comme chercheur dans l’équipe du Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (LAHIC) de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC).

Ses recherches portent entre autres sur l’histoire des musiques et danses traditionnelles du domaine français depuis les années 1930 jusqu’au début du 21e siècle. Co-responsable, avec l’ethnomusicologue Marie-Barbara Le Gonidec, du programme de recherches SAHIEF(Sources, Archives et Histoire Institutionnelle de l’Ethnomusicologie de la France), François Gasnault s’intéresse particulièrement au mouvement dit « revivaliste » dont les adeptes s’efforcent de faire vivre des répertoires d’origine paysanne dans une société désormais résolument urbaine.

 

 

 

 

Catherine Perrier est née en 1941 à Angers. Après des études de Lettres et d’Histoire, elle s’inscrit en 1968 en auditeur libre en Ethnomusicologie à L’Ecole pratique des hautes études. C’est à cette époque qu’elle commence à chanter sur scène, activité qui la mènera pendant cinquante ans de concerts en festivals à travers la France et dans de nombreux pays (Angleterre, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Canada…).

 En 1969, elle fonde avec son compagnon John Wright et 22 autres folkeux, l’Association « Folk Club Le Bourdon » dont elle sera la présidente jusqu’en 1975. Elle insuffle à ses camarades sa passion pour le collectage et l’enquête de terrain. Avec des milliers de pièces de musique traditionnelle collectées, elle est à la tête d’une véritable banque de données. Spécialiste incontestée du chant traditionnel, elle dispense son savoir au Centre de formation des musiciens intervenants (CFMI) des Universités d’Orsay et de Lille ainsi que dans de nombreux stages pour des associations, conservatoires ou écoles normales.

 Toutes ses actions en tant que chanteuse, collectrice et enseignante ont largement contribué à la popularisation du folk et fait d’elle une "légende" dans l’univers de la chanson traditionnelle.

 

 

 

 

 

Né en 1948, Jean-Loup Baly commence à chanter en 1967 au côté de son ami d’enfance Jean-François Dutertre. Les deux compères fréquentent le Centre américain et forment avec Jacques Benhaïm (dit « Ben ») l’un des tout premiers groupes de folk français, Les Escholiers, né en partie de la volonté de Jean-Loup Baly de travailler de manière approfondie le répertoire traditionnel de France et du Québec. En 1969, les membres de ce groupe participent à la fondation du Bourdon. En 1973, Jean-Loup Baly et Jean-François Dutertre, avec deux autres musiciens du Bourdon, Emmanuelle Parrenin et Dominique Regef, créent Mélusine, l’un des groupes majeurs du folk français, ardent défenseur d’une musique résolument acoustique, reconnu notamment pour la qualité de ses polyphonies.

Dans les années 1980, encouragé par Bruno de La Salle, le fondateur et directeur artistique du CLiO (Conservatoire contemporain de littérature orale) à Vendôme, Jean-Loup Baly se fait conteur. Il travaille régulièrement avec l’écrivain Jean-Pierre Hubert et le chanteur et musicien Jean Léger pour l’élaboration de certains spectacles associant son savoir dire à plusieurs formes d’expression artistique : musique, théâtre, danse ou arts plastiques. Il s’implique aussi dans diverses actions de formations sur l’art de conter ou l’usage du chant dans le conte. 

 

 

 

 

Dominique Maroutian est en 1946 dans une famille de comédiens. En 1962, il entre à l’Ecole normale d’instituteurs de Paris, mais sa passion, depuis l’enfance, est la chanson. L’écoute de Pete Seeger, Bob Dylan et Joan Baez, l’incite à former un groupe de folk : Les Easy Dodgers. A l’occasion d’un concert, il rencontre Ben (Jacques Benhaïm) qui l’invite à venir au Hootenanny de Lionel Rocheman. Au Centre américain, il croise notamment John Wright, Catherine Perrier, Jean-François Dutertre, Jean-Loup Baly, Christian Leroi-Gourhan et Tran Quang Hai. Il les rejoint en 1969 au sein du Bourdon ainsi que dans le groupe collectif l’Indicible Folk, promoteur du folk français acoustique.

Adepte du banjo old-time, il introduit cet instrument dans l’accompagnement de chansons du répertoire traditionnel français, québécois et cajun. Désireux de concilier son amour du folk américain et une expression purement francophone, il se met à adapter des chansons et des histoires de Doc Watson (Everyday Dirt) et de Pete Seeger (Abiyoyo ; The Foolish Frog ). Il participe à l’album Chansons à répondre et à danser (Le Chant du Monde, 1974) ainsi qu’à diverses réalisations de ses amis du Bourdon. Contrairement à beaucoup d’entre eux, il reste un musicien amateur, continuant de privilégier son métier d’instituteur. Il se produit dans les folk clubs et les MJC, et très régulièrement au Lapin agile à Montmartre. Depuis 2012, il organise des réunions de retrouvailles entre "vieux folkeux". En mai dernier, il relance l’aventure du Hootenanny sur la péniche Anako à Paris, avec la ferme intention d’en faire un rendez-vous régulier.

 

 

 

 

Roger Mason est né en 1944 aux Etats-Unis dans l’état du Maryland. A 20 ans, ce guitariste débarque à Paris, rejoint Lionel Rocheman au Centre américain et y retrouve son ami Steve Waring. Les deux musiciens américains développent une technique de jeu à la guitare dite « finger picking » inconnue en Europe. Désireux de démontrer aux jeunes Français qu’apprendre à jouer d’un instrument, notamment la guitare, n’est pas si difficile et qu’il n’y a pas besoin de passer par le conservatoire pour faire de la musique, ils publient des méthodes et ouvrages (L’anti-méthode de la guitare folk, La guitare américaine…) pour faciliter l’apprentissage instrumental en autodidacte.

En 1970, ils enregistrent un disque instrumental contenant des morceaux réalisés avec cette technique du picking devenu objet de référence pour les amateurs. En parallèle de sa participation régulière au Hootenanny et aux activités et spectacles proposés par Lionel Rocheman, Roger Mason publie plusieurs albums au Chant du monde dont Le blues de la poisse, qui remporte un vif succès. Il enseigne la musique en France jusqu’en 1996 puis aux Etats-Unis. En 2011, il enseigne encore la musique aux enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alan Stivell, de son vrai nom Alan Cochevelou, est né le 6 janvier 1944 à Riom en Auvergne. A l’âge de 9 ans il donne ses premiers récitals avec une harpe néo-celtique construite par son père. Il rencontre Lionel Rocheman au Centre américain dès les premiers hootenannies.

Lionel Rocheman se souvient « Il avait assisté au Hootenanny plusieurs fois et puis un jour, il vient et me glisse à l’oreille : Moi c’est en breton et c’est pas une guitare c’est de la harpe ! Je lui réponds : tu viens quand tu veux c’est ouvert aux Bretons et c’est ouvert à la harpe ! ». Et c’est ainsi que Stivell devint l’un des piliers du mouvement folk. En 50 ans de carrière, Alan Stivell contribuera à la renaissance de la harpe celtique et suscitera un énorme engouement pour la musique bretonne en France et partout dans le monde.