le 26 octobre 2010

LE GROUPE ATRI N’ASSOUF ETAIT EN CONCERT A LA MEDIATHEQUE LE VENDREDI 29 OCTOBRE 2010

Dans le cadre de la 11e édition du festival Villes des musiques du monde, la Médiathèque de Bagnolet a accueilli le 29 octobre dernier le groupe Atri N’Assouf pour un concert de blues touareg.

A cette occasion, la médiathèque a proposé à ses lecteurs de partir à la découverte de la très riche culture touarègue au travers d’une exposition rassemblant entre autres, des tableaux et des calligraphies du peintre Ahmed Abdoulaye Boudane, des clichés de la photographe Awel Haouati, des objets artisanaux, des instruments de musique traditionnels (imzad notamment), des bijoux. Dégustation du thé traditionnel touareg et initiation à l’écriture tifinagh étaient également au programme.


Quelques photos du concert et de la semaine touarègue



Vous trouverez dans le guide ci-dessous une sélection de documents disponibles à la médiathèque abordant le monde touareg dans ses diverses composantes historiques, géographiques et humaines.

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"Dieu a créé des pays avec beaucoup d’eau afin que les hommes puissent y vivre et des déserts afin qu’ils y reconnaissent leur âme." (proverbe touareg)

Bien que fort riches et à certains égards fascinantes, l’histoire et la culture des Touaregs demeurent assez méconnues. En effet, pour un grand nombre d’occidentaux le mot "Touaregs" n’évoque guère plus qu’une image exotique d’hommes voilés de bleu parcourant l’immensité des sables sahariens fièrement perchés sur leur dromadaire. Pourtant derrière ce cliché, se cachent un mode de vie, des coutumes et une organisation politique et sociale dont l’originalité et la complexité méritent qu’on s’y attarde.

Une histoire liée au nomadisme
- Pasteurs nomades depuis des millénaires, les Touaregs occupent un vaste territoire qui va du Sahara central (sud de l’Algérie et de la Lybie) jusqu’aux limites du Sahel (ouest du Mali, nord du Niger et du Burkina-Faso), région charnière entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire.

D’origine berbère comme en témoignent leur langue, le tamasheq et leur écriture, le tifinagh, ils comptent vraisemblablement parmi les descendants des premiers habitants de l’Afrique du Nord. Si les occidentaux les surnomment "les hommes bleus" en référence à la couleur de leurs vêtements teints à l’indigo qui a tendance à la longue à marquer leur peau, eux se désignent généralement sous le nom de "Kel tamasheq" (ceux qui parlent le tamasheq) ou "Kel tagelmoust" (ceux qui portent le voile) ou encore "Imajaghen" (les hommes libres). Cette dernière appellation, qui fait d’ailleurs écho à celle des Berbères du nord "Imazighen", détermine, selon l’anthropologue Hélène Claudot-Hawad, spécialiste du monde touareg, tout ce qui fait leur identité : "les manières de parler, de se conduire, de se vêtir, d’habiter, la façon de percevoir le sacré, de nommer les chefs, de définir les rôles de l’homme et de la femme, d’éduquer les enfants".

Le pays touareg est longtemps resté inconnu aux occidentaux. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec l’incursion au centre de l’Afrique d’explorateurs comme le géographe Henri Duveyrier que s’esquissent les premières connaissances des us et coutumes de sa population.

La société touarègue, dont les prémisses apparaissent dès la préhistoire, s’est forgée au cours d’une longue histoire faite de mélanges et d’intégration de caractères socioculturels issus de la Méditerranée, de l’Orient et de l’Afrique subsaharienne. De toutes les influences, la plus marquante est certainement celle apportée par la conquête arabe, au XIe siècle, qui a fait des Touaregs, des musulmans ; une "arabisation", qui toutefois a peu dépassé les limites du religieux puisque ils ont conservé leur langue et la particularité de leur organisation politique et sociale. Leur islam, même, reste mêlé de pratiques coutumières datant d’avant leur conversion comme la monogamie. C’est un islam soufi. A noter également que les Touaregs sont spécialistes d’une pratique divinatoire très ancienne, la géomancie.

Confrontés à un environnement désertique inhabitable en permanence, les Touaregs ont développé - grâce à la maîtrise du dromadaire - un mode de vie et une culture marqués par le déplacement et s’articulant autour de trois activités principales : l’élevage, le commerce caravanier et la guerre.

Leur manière de concevoir le monde est très lié au nomadisme, qu’ils considèrent au-delà d’un mode de vie dicté par l’environnement, comme une philosophie. Leurs récits fondateurs et leur mythologie font d’eux des "marcheurs de l’univers" qui se construisent au fur et à mesure du chemin parcouru. Aussi se perçoivent-ils comme un monde en mouvement sans bornes spatio-temporelles.

L’eau et l’abri, qui tous deux conditionnent leur survie dans le désert, sont pour eux les socles matériels ou symboliques fondamentaux sur lesquels reposent toutes les actions, tous les mouvements qui animent les êtres vivants, les choses, les éléments. Le puits, lieu privilégié des rencontres, des échanges et des contacts est l’endroit où s’articule la vie nomade. La tente, elle, plus qu’un abri matériel représente le monde "protégé" du noyau familial auquel l’individu peut s’identifier. Sa construction, qui reproduit l’alliance cosmique du ciel et de la terre, est considérée dans la mythologie touarègue comme le modèle de toute entité : la famille, la société, le territoire, le monde sont ainsi appréhendés soit comme une unicité (la tente toute entière) soit comme une partie d’une structure plus importante (un piquet de tente).

La cosmogonie touarègue met également en avant une représentation du monde systématiquement formée de deux moitiés (la terre et le ciel, l’intérieur et l’extérieur, le féminin et le masculin ou encore la tente et le vide), dont l’association en un tout équilibré assure sa bonne marche. Cette dualité structure selon elle tous les domaines de l’existence.

Une organisation sociétale originale
- Jusqu’à l’intervention coloniale et la soumission aux autorités françaises au début du XXe siècle, le monde touareg est divisé en quatre grands groupes politiques (ou confédérations), représentés chacun par un chef, l’amenukal, détenteur du tambour de guerre, symbole de l’autorité. Chaque confédération est constituée de plusieurs fédérations qui regroupent des unités plus petites, les tribus, elles-mêmes formées de lignées (ou familles élargies) ; le plus petit élément de cet édifice étant le foyer familial (le couple et ses enfants).

Ce système non centralisé, mais très hiérarchisé, dont les Touaregs comparent eux-mêmes le fonctionnement à celui du corps humain (une entité composée de plusieurs parties aux fonctions différentes mais solidaires et indissociables) s’appuie sur la pluralité et la complémentarité des unités sociales qui le compose. Liées entre elles par la parenté ou par un contrat politique, ces multiples unités ont une importante autonomie interne et possèdent chacune à son niveau un chef chargé de l’administrer et de la représenter auprès d’instances supérieures. Pour être élu chef il faut à la fois appartenir à une famille qui a droit au pouvoir et posséder les qualités morales requises pour représenter les intérêts de la collectivité. A noter que pour articuler cet ensemble complexe il existe des institutions d’arbitrage.

Ce mode d’organisation qui tient sur des rapports flexibles d’alliance et de protection a assuré au monde touareg une certaine force mais sans réussir à réaliser une véritable unité politique, à construire une nation. C’est sans doute ce défaut qui a facilité la conquête des forces françaises à la fin du XIXe siècle, qui ont su jouer la tactique du "diviser pour régner", sachant l’absence de stratégie globale des chefs touaregs sur la manière d’organiser la résistance, les uns prônant des solutions négociées contraires au code de l’honneur, les autres dont Kaosen refusant la soumission et voulant se battre jusqu’au bout. Il aura tout de même fallu plus de trente ans à la France pour pacifier et dominer entièrement le territoire touareg.

Avant la colonisation, le corps social touareg est lui aussi organisé de façon hiérarchique. Les individus sont répartis en groupes sociaux auxquels correspondent théoriquement des fonctions, des activités, des comportements, des attributs emblématiques particuliers et auxquels sont attribués des droits et des devoirs propres. Rien n’est toutefois figé car une personne au parcours méritant peut changer de statut et ce, quel que soit son milieu d’origine. Les rapports sociaux sont de type égalitaire entre les individus et les groupes de même rang, ce qui sous-entend que ceux-ci peuvent entretenir des relations de rivalité et de compétition mettant en jeu leur honneur. Quand il y a un rapport hiérarchique entre les différentes classes sociales ou les individus - donc pas de risques d’offense mutuelle - les relations sont plus détendues et ont lieu sur le ton de la plaisanterie. Chez les Touaregs, les "protégés" ont le droit de remettre en cause l’autorité de leur supérieur statutaire.

Au sommet de la pyramide sociale se trouvent les nobles, classe dirigeante qui gouverne et défend le territoire. Ce sont des guerriers tenus par un code de l’honneur ancestral qui stipule qu’au combat il n’y a que deux issues : la victoire ou la mort. Sous leur protection sont placés de gré ou de force un certain nombre de vassaux ou tributaires trop faibles pour être autonomes et qui doivent s’acquitter auprès d’eux d’un double tribut matériel et moral. Appelés "gens des chèvres" ces tributaires pratiquent en général l’élevage du petit bétail mais peuvent aussi tenir les armes. On distingue ensuite les personnages dits de l’entre-deux, par définition pacifistes et sans pouvoir, dont font partie les religieux musulmans et les "voyants" de la cosmogonie touarègue. Une autre catégorie sociale, très importante, est constituée par les artisans. Les hommes sont plutôt spécialisés dans le travail du bois et des métaux (les forgerons sont nombreux et influents), les femmes dans celui du cuir ainsi que dans la réalisation de coiffures sophistiquées ; des fonctions qui se transmettent de façon héréditaire. En plus de l’art de transformer la matière, ils possèdent généralement l’art du verbe qu’ils utilisent pour porter des regards élogieux ou critiques sur la société. Ils sont souvent attachés à une famille de nobles, de tributaires ou de religieux, auprès de laquelle ils tiennent le rôle de confidents, d’émissaires ou d’intermédiaires pour tout ce qui à trait aux affaires sociales, politiques ou religieuses. A côté de tous ces groupes sociaux qui concernent les hommes libres, il existe une dernière catégorie formée par les esclaves. Enlevés lors de guerres ou de razzias, ce sont des hommes issus de peuples n’entretenant aucun lien avec les Touaregs. En effet aucun esclave ne peut être pris chez les voisins musulmans ou dans les protectorats touaregs. Ces esclaves sont pour la plupart domestiques ou gardiens de troupeaux, voire agriculteurs dans les zones oasiennes. Ceux ayant acquis la langue, la culture et les valeurs touarègues sont obligatoirement affranchis et deviennent des hommes touaregs libres avec les droits et devoirs afférents à leur nouveau statut. Cette intégration constante des prisonniers de guerre a permis l’extension de la société touarègue et a sans doute contribué à son maintien dans un environnement naturel des plus hostiles.

La femme, noyau de la société
- Une autre particularité de la société touarègue, qui elle a survécu à la colonisation, est la grande place tenue par les femmes notamment sur le plan de l’éducation et de la culture. L’élément féminin étant dans l’imaginaire touareg à l’origine de toute chose, la femme est considérée comme le coeur de la société, le pilier central qui en assure la stabilité et la continuité. Aussi la femme touarègue bénéficie-t-elle d’une forte autonomie doublée d’une véritable liberté d’attitude. Elle fait l’objet d’un grand respect aussi bien en tant que mère fondatrice de lignée - la société touarègue est matrilinéaire - que de soeur ou d’épouse. La tente lui appartient et, en cas de problème entre les époux, l’homme sera chassé par la maîtresse des lieux. C’est elle aussi qui détient les savoirs et qui a pour rôle de les transmettre : écriture et art de l’imzad notamment.

Les hommes, eux, sont assimilés à l’extérieur de la tente, au "dehors". En conséquence leur éducation est axée sur la préparation à résister à un environnement difficile : le désert. Elle met l’accent sur la résistance psychologique, l’endurance physique, la faculté d’orientation et les connaissances écologiques.

Colonisation et décolonisation : une perte d’identité
- La colonisation a porté un coup fatal à l’organisation politique et sociale du monde touareg. Une grande partie de la noblesse a été décimée. Les chefs survivants n’ont plus eu d’autorité administrative, leur seule prérogative consistant à assurer le prélèvement de l’impôt colonial. Les assemblées politiques ont été interdites, les groupes confédéraux démantelés, les tribus déplacées. Tous les mouvements de transhumance et de commerce ont été contrôlés. L’administration française en créant des délimitations territoriales dont le franchissement nécessitait un laissez-passer a déboussolé ces nomades hostiles aux frontières. Pendant toute la période coloniale, le peuple touareg, principalement préoccupé par sa survie, restera sur la défensive et globalement hostile à la présence française.

La décolonisation dans les années soixante ne va pas améliorer le sort des Touaregs. Répartis dans cinq nouveaux états (Algérie, Burkina Faso, Libye, Mali, Niger), ils se retrouvent minoritaires dans chacun d’eux, tant au point de vue démographique que politique. Confrontés aux problèmes d’assimilation culturelle et linguistique, marginalisés, spoliés, entravés dans leurs activités économiques traditionnelles et souvent privés de leur droit et de leur initiative sur un sol qu’ils considèrent comme le leur, ils subissent la suspicion, la surveillance, les brimades et la répression des nouveaux dirigeants de ces pays. Les sécheresses qui se succèdent depuis 1973 entraînant la mort des troupeaux et la famine vont engendrer migrations et sédentarisations forcées. De nombreux Touaregs du Mali et du Niger s’exilent en Algérie et en Libye pour fuir la misère et y trouver du travail. C’est à Tamanrasset, qui concentre un grand nombre de ces réfugiés climatiques ou politiques, que l’on va prendre l’habitude de désigner les jeunes hommes en quête de travail par le terme "ishumar" emprunté au français "chômeur", un terme qui revêtira ensuite diverses significations liées à l’évolution du mouvement de révolte touareg pendant les années 1980, jusqu’à désigner les rebelles engagés dans les luttes armées au Mali et au Niger à partir de 1990. Ces conflits ont laissé une population meurtrie, accueillie dans des camps de réfugiés installés à la frontière de l’Algérie, de la Mauritanie et du Burkina Faso. En dépit des différents accords de paix conclus de 1991 à 1996 assurant aux exilés un espoir de retour chez eux, les camps ont perduré jusqu’en 1999. Même si les combats ont cessé depuis quinze ans, la situation actuelle est toujours fragile car l’autonomie et la gestion administrative promises aux Touaregs sur certaines régions ne sont pas vraiment là.

Estimés aujourd’hui entre 1,5 millions (données provenant des sources officielles) et 3 millions (source touarègue) - une différence qui s’explique par le caractère approximatif des recensements mais aussi par les enjeux politiques que représentent la démographie ethnique pour certains états - les Touaregs sont à la recherche d’une nouvelle identité car beaucoup ont abandonné de gré ou de force leur vie nomade, jugée archaïque. On les retrouve souvent en marge des grandes villes comme Agadez au Niger ou Tamanrasset en Algérie, vivant dans des conditions précaires. Cependant leur volonté de relever le défi de concilier modernité et tradition et d’inventer de nouvelles stratégies pour protéger leur société, retrouver leur libre arbitre et survivre dignement est toujours intacte. Cela passe par la scolarisation des enfants, objectif principal de nombreux Touaregs à l’heure actuelle, tout comme faire reconnaître internationalement leurs oeuvres musicales, littéraires et graphiques.

Nous espérons par notre action y avoir modestement contribué.

Une sélection de sites pour aller plus loin :

- Généralités sur la culture touarègue
- wikipédia
- www.mondeberbere.com
- www.temoust.org
- www.croqnature.com
- Touaregs du Niger
- tamedourt.nomades.info/
- Regards d’artistes touaregs

- Langue et littérature
- tifinagh
- écriture berbère (site anglophone)
- tifinagh (site anglophone)
- site d’Hawad
- contes du désert
- site de Souéloum Diagho

- Arts et artisanat
- bijoux touaregs
- art touareg
- peintres touaregs
- artisanat touareg

- Musique
- Tamasheq.net
- Musiciens touaregs
- Mali music
- Tinariwen
- Toumast
- Association sauver l’imzad
- Blog d’Atri N’Assouf
- Atri N’Assouf sur myspace